COMMUNIQUER AVEC BÉBÉ – ET SI ON SE FAISAIT (DES) SIGNES ?

signe-bebeNON ILS NE SONT SOURDS. ET PORTANT, CES BÉBÉS UTILISENT LA LANGUE DES SIGNES. DROLE D’IDÉE ? NON. PLUTOT UN MOYEN ESTUCIEUX DE SE FAIRE COMPRENDRE AVANT MEME DE SAVOIR PARLER.

Par Dominique Henry de Famili Magic Maman, avec Arnaud Portanelli, coauteur avec Guillaume Le Dieu De Ville du guide Communiquer avec bébé, et fondateur du site Lingueo

Mine gourmande, regard rieur, Léo, 2 ans, débarque dans la cuisine en croisant l’index de la main gauche sur celui de la main droite. « Tu veux du chocolat ? » interroge sa maman. Deux minutes plus tard, il pique son index dans la paume de sa main. « Encore ? » sourit sa mère en lui tendant un nouveau carré. Reprendre la langue des signes utilisée par les malentendants pour permettre aux tout-petits de s’exprimer avant l’âge de la parole, l’idée nous vient d’outre-Atlantique.

Né il y a plus de trente ans en Amérique du Nord et solidement ancré dans la culture américaine, le Baby Sign Language a débarqué chez nous il y a une quinzaine d’années et ne cesse de se développer depuis. En témoignent les guides et les méthodes publiées ces dernières années, et l’émergence d’associations qui proposent des formations. « Au début, c’était surtout les parents qui étaient demandeurs, témoigne Arnaud Portanelli, coauteur du guide Communiquer avec son bébé et fondateur du site Lingueo. Aujourd’hui, la formation s’étend aux crèches. Elles sont déjà plus de 200 en France à pratiquer la langue des signes au quotidien. C’est un cercle vertueux, car les crèches sensibilisent encore plus de parents à la pratique, lesquels parents, à leur tour, deviennent prescripteurs auprès des crèches. »

TÉMOIGNAGE  Catherine, assistante maternelle

« Ça permet aux enfants de me dire des choses »

Il y a quelques années, j’avais appris la langue des signes. Lorsque le RAM (réseau d’assistantes maternelles) dont je dépends a mis en place une formation, j’ai sauté sur l’occasion ! Pour la première fois cette année, j’ai donc signé avec les deux enfants qu’on m’a confiés (une petite fille et un petit garçon de 1 an). J’utilise une cinquantaine de signes au maximum, en comptant les animaux lorsque je chante une comptine. Au quotidien, je signe surtout les mots qui permettent aux enfants d’exprimer leur besoins (eau, dodo, encore) et ceux qui désignent les émotions (tristesse, colère). Je leur apprends aussi à être polis (merci, s’il te plaît). Ça marche très bien, ils ont très vite assimilé.

C’EST QUOI, CETTE LANGUE ?

Si la langue des signes française (LSF) est une véritable langue, avec sa grammaire et sa syntaxe, la langue des signes pour bébés (LSB) s’apparente plutôt à un langage (130 mots pour la LSB contre 3600 pour la LSF). Les signes utilisés sont les mêmes mais, lorsqu’ils demandaient une gestuelle complexe, ils ont été simplifiés pour s’adapter aux possibilités des tout-petits. Le but ?

« Permettre à l’enfant de faire mieux comprendre ses désirs et ses besoins, résume Arnaud Portanelli. Ce qui évite bien des colères ! En outre, l’usage de la langue de signes crée de la complicité entre parents et enfant. »

Mais à partir de quel âge se mettre à signer avec un tout-petit ? « On recommande généralement de commencer vers le 7e mois, lorsque l’enfant commence à bien voir et à devenir plus habile avec ses mains, poursuit le spécialiste. Chaque bébé apprend à son rythme, néanmoins il faut compter deux à trois mois d’imprégnation. En commençant au 7e mois, on peut espérer une répétition du signe vers 10 mois. »

Mais rien ne vous empêche de commencer plus tôt, dès la naissance si vous le souhaitez. L’avantage de démarrer de bonne heure, c’est que vous prendrez tout de suite l’habitude de joindre le geste à la parole. Un réflexe peut-être moins facile à acquérir plus tard. Pas de panique toutefois si vous oubliez parfois de signer le mot en même temps que vous le prononcez : l’idée, c’est quand même d’apprendre à votre enfant à parle, pas de lui apprendre la langue des malentendants !

TÉMOIGNAGE  Sarah, maman de Lucien, 2 ans et demi

« Il a très vite compris l’intérêt de « encore ». »

Dès sa naissance, j’ai commencé à signer avec Lucien. Du coup, le papa s’y est mis aussi. Vers 6 mois, Lucien signait déjà trois mots : gâteau, encore et musique. Il a très vite compris l’intérêt de « encore », qu’il signait chaque fois qu’il voulait que quelque chose se répète. Son répertoire touche essentiellement au domaine du quotidien : bonjour, dodo, pipi, manger… Je lui ai appris « j’ai faim » et « manger » pour l’aider à faire la distinction. Et aussi des signes exprimant des notions abstraites, comme colère ou pardon. L’intérêt du signe, c’est qu’il permet de ne laisser aucun doute sur le sens du message. C’est rassurant pour l’enfant. On se comprend mieux et plus vite. Aujourd’hui, à 2 ans et demi, Lucien commence à parler. A mesure qu’il prononce les mots, les signes disparaissent d’eux-mêmes. Certes, il signe encore parfois gâteau, mais c’est surtout quand on lui refuse ! C’est sa façon à lui d’insister, de vérifier qu’on a bien compris sa demande même si on ne lui donne pas satisfaction.

PARLER AVEC LES MAINS, C’EST SPONTANÉ

Ce n’est pas parce que qu’ils ne savent pas parler que nos petits n’ont rien à dire. Du reste, la plupart des bébés pratiquent spontanément la langue des signes puisqu’ils savent dire au revoir, bravo ou chut avec leurs mains !

« Pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas développer au-delà ? »

plaide Arnaud Portanelli. Au-delà, cela va de 5 ou 10 signes… à 100. Si les familles les plus pratiquantes vont jusqu’à signer une centaine de mots, la majorité s’en tient à une cinquantaine. Une vingtaine de signes pour évoquer le quotidien (caca, pipi, manger, boire, peur, mal, encore, merci, etc.), une dizaine pour désigner les personnes (maman, papa, la nounou, papy, etc.) et une autre vingtaine pour décrire l’environnement extérieur (travail, voiture, parc, etc.). Mais on peut aussi choisir de s’en tenir à 10 signes de base. Chacun compose son répertoire à sa guise.

DU SIGNE AU MOT

Avant 2 ans, les signes remplacent les mots. Ils permettent aux enfants d’exprimer leurs besoins, leurs désirs, leurs émotions. Au point de ne pas avoir envie de se mettre à parler puisqu’ils se sentent compris comme ça ? Certains parents le craignent. Pas de risque selon les adeptes, qui assurent qu’au contraire la langue des signes stimule le processus d’apprentissage du bébé. « Dès que le langage oral se met en place, les signes disparaissent d’eux-mêmes, observe pour sa part Arnaud Portanelli. L’enfant adore jouer avec sa voix, s’il peut associer un bruit à une signification, il va le faire. Et si votre tout-petit aime tellement les signes qu’il n’a pas envie d’utiliser les mots, il y a un truc simple : faites comme si vous ne le compreniez pas. Vous verrez, c’est radical : il va utiliser l’autre façon de faire ! » Rares sont les bébés qui n’ont pas envie de signer. Mais certains bébés sont plus signeurs que d’autres, question tempérament. Si le vôtre rechigne, ne le forcez pas. Que vous utilisez ou non le langage des signes, ce qui fait son bonheur, c’est que vous ayez du plaisir à communiquer avec lui !

INTERVIEW

Directrice de crèche, Marie-Josée Portanelli a expérimenté la langue des signes pour bébés pendant cinq ans. Elle répond à nos questions.

« A 18 mois, tous les enfants de la crèche signaient »

D’où vous est venue l’idée de signer avec les enfants ?

Je trouvais que certaines auxiliaires de puériculture, en particulier les plus jeunes, ne communiquaient pas beaucoup avec les enfants et je cherchais un projet qui les motive. Une des auxiliaires, dont le petit-neveu était sourd, m’a parlé de la langue des signes. Elle la maîtrisait déjà en partie et a complété sa formation pendant un an. Chaque fois qu’elle rentrait de stage, elle montrait ce qu’elle avait appris au reste de l’équipe. Au bout d’un an, les auxiliaires connaissaient une vingtaine de signes… et les enfants aussi !

Quels sont les signes qu’ils utilisent le plus ?

Surtout ceux du quotidien : « manger, boire, papa, maman » … « changer la couche » aussi ! On changeait les enfants à la demande et je pense qu’ils ont été propres plus tôt que la moyenne parce que ça les a rendus plus attentifs aux signaux envoyés par leur corps. Avec les enfants de 12 à 18 mois, le signe « dormir » était très pratique aussi. Avant, il leur arrivait souvent de s’endormir au milieu d’une activité. Avec l signe, ils nous signalaient qu’ils avaient sommeil et on les couchait.

Avez-vous eu le sentiment que ces enfants parlaient plus tard ?

Non, au contraire. En langue des signes, on ne peut pas faire une annonce générale comme : « Allez les enfants, on va tous au jardin maintenant ! »

Les auxiliaires sont obligées de s’adresser aux tout-petits en face à face et c’est stimulant pour eux. Ils acquièrent plus vite la parole.

Comment vous former :

Communiquer avec bébé

Communiquer avec bébé

Avantage : vous le faites quand vous voulez et à votre rythme. Inconvénient : apprendre tout seul, c’est compliqué. Pour faire travailler sa mémoire, mieux vaut avoir un accompagnement humain. La solution : offrez-vous un livre qui comprend un cours en visioconférence d’une demi-heure avec un professeur particulier (compris dans le prix du livre). Vous reverrez l’ensemble des signes avec lui et vous pourrez lui poser toutes les questions que vous voulez ! Communiquer avec bébé. Les 50 signes qui vont changer votre quotidien avec bébé, Lingueo Éditions, en vente sur Amazon.fr (30 €). Envie d’aller plus loin ? Sur lingueo.fr on vous propose également 5 e-ateliers et le livre pour 99 € ou 70 € sans le livre. Avantage : plus besoin de vous déplacer !

Pour trouver une formation dans votre région ou demander un devis, vous pouvez également prendre contact avec « Langue des Signes Bébé » en appelant le 01 75 43 53 00 ou en allant directement sur le site (languedessignesbebe.com).

Comment se déroule un cours de langue des signes en visioconférence :

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